1.     Objectif

L’objectif de cette analyse est d’évaluer comment se répartit la dépense alimentaire (tous produits confondus) du consommateur entre les différentes branches de l’économie, contribuant « de près ou de loin », à la production alimentaire : branche de l’agriculture, branche des industries alimentaires et branche du commerce agroalimentaire, mais aussi : transports, services, autres industries et autres commerces... auprès desquelles les branches précédentes achètent des consommations intermédiaires, redistribuant ainsi une partie des dépenses alimentaires des consommateurs. On vise ici en effet à poursuivre la décomposition de la valeur de la dépense alimentaire au-delà des comptes des seuls branches identifiées dans l’approche « filière » classique (agriculture, industrie agroalimentaire, commerces de gros et de détail en produits agricoles et agroalimentaires). On prend en compte ainsi le fait que la dépense alimentaire contribue non seulement à rémunérer le travail et le capital dans les branches agroalimentaires de la filière, via les valeurs ajoutées qui s’y constituent, mais qu’elle participe également à la rémunération de ces facteurs (travail, capital) dans toutes les branches de l’économie, à hauteur de leur contribution à la production de biens et de services utilisés, directement ou indirectement, pour la production et la distribution d’aliments.

2.     Méthode

La méthode, inspirée de travaux du service de recherche économique du département de l’agriculture des États-Unis (USDA-ERS) sur le « food dollar » (Canning, 2011) est décrite en détail dans diverses publications, consultables en ligne sur le site de l’observatoire, dont :

Le partage de l’euro alimentaire : première estimation incluant la restauration. La Lettre de l’OBSERVATOIRE, n° 11, décembre 2016 ;

L’euro alimentaire en France de 1995 à 2007 et le partage des valeurs ajoutées entre branches. (Butault°J.P., Boyer Ph.). 6èmes Journées de recherches en sciences sociales ; Inra, Sfer, Cirad. Toulouse, décembre 2012.

Les calculs utilisent les tableaux entrées-sorties (TES) de la comptabilité nationale (symétriques version Eurostat), qui ventilent chaque produit (ligne du TES) en utilisation comme consommation intermédiaire par chaque branche (en colonne), puis en demande finale (exportation, consommation).

3.     Deux décompositions de la consommation alimentaire…

Une première analyse calcule à partir du TES la valeur de la production agricole incluse dans la valeur de la consommation alimentaire. C’est, par exemple « la valeur de la vache incluse dans celle du steak », soit la production agricole domestique nécessaire pour satisfaire la consommation alimentaire, évaluée sans double compte. Sans double compte : c’est à dire, donc hors intraconsommations de la branche agricole (par exemple, production agricole de semences de blé incluse dans la production de blé utilisée pour la production de pain) et hors « intraconsommations indirectes de la branche agricole » : produits agricoles utilisés pour la production d’autres produits qui sont eux même utilisés par la production agricole (par exemple, production de maïs utilisée pour la fabrication d’aliments industriels eux-mêmes utilisés dans la production animale). La production agricole incluse dans la consommation alimentaire comprend la production par l’agriculture des aliments non transformés (fruits et légumes frais, œuf frais, miel…) et des produits agricoles transformés en aliments par l’industrie alimentaire. Elle inclut également d’autres produits agricoles utilisés comme intrants dans les diverses activités concourant directement ou non à la production et à la distribution des produits alimentaires (par exemple, productions végétales sources de production d’énergie utilisée par le transport de produits nécessaires à la production alimentaire…) hors double comptes signalés plus haut.

À cette production agricole incluse, s’ajoutent, pour constituer la valeur de la consommation alimentaire, des importations d’aliments (dites importations finales), les valeurs crées en aval de la production agricole par l’industrie, le commerce, les services…, et les taxes

La seconde analyse décompose la consommation alimentaire en valeurs ajoutées, importations finales, importations intermédiaires (produits importés utilisés comme intrants dans les différentes activités concourant directement ou non à la production et à la distribution des produits alimentaires) et en taxes.

La valeur ajoutée est la ressource qui assure la rémunération des services des deux facteurs de production primaires : le travail et le capital. Il s’agit de « rémunération brute », soit, s’agissant du capital, d’excédent brut d’exploitation, se décomposant en épargne, impôt sur les sociétés, intérêts, revenus distribués aux propriétaires du capital.

Les principes des calculs nécessaires à ces deux analyses sont décrits dans la lettre de l’OBSERVATOIRE n°11.

4.     … calculs qui incluent pour la première fois la restauration

Dans ce qui va suivre, la consommation alimentaire domestique ainsi analysée comprend la restauration, au sens large de « services alimentaires » (restaurants, cantines d’entreprises, vente à emporter, livraison de repas à domicile). Auparavant (dans les éditions précédentes du rapport de l’observatoire), la consommation alimentaire prise en compte se limitait aux dépenses dans les points de vente au détail et aux achats directs aux producteurs. L’inclusion de la restauration a nécessité des hypothèses, des adaptations et des approximations, développées dans lettre de l’OBSERVATOIRE n°11, car la « matière première » des calculs - les tableaux entrées-sorties – agrègent dans une même branche (et dans même produit, ou service) l’hébergement et la restauration.

Par ailleurs, certaines améliorations ont été apportées à la méthode et aux données, modifiant légèrement les résultats antérieurement obtenus pour l’euro alimentaire hors restauration.

Outre celles évoqués plus haut s’agissant de l’inclusion de la restauration, d’autres limites importantes de l’approche doivent être signalées :

-       Une partie de la restauration, relativement limitée en regard de la consommation alimentaire, reste non prise en compte. Il s’agit des services de restauration non dissociables de la consommation d’un autre service (hébergement, hospitalisation) dont le montant est inconnu, ou ressortit de la consommation intermédiaire des entreprises (repas d’affaires) et ne constitue donc pas une consommation considérée comme « finale » (effectuée par des ménages) ;

-       la nomenclature des TES ne permet pas, dans une branche donnée, de différencier les coefficients techniques (rapports entre intrants et production) selon que la production est destinée à la consommation finale ou à la consommation intermédiaire, ou encore à l’exportation. Par exemple, pour la branche Industries alimentaires, le coefficient liant la production de la branche avec les intrants fournis par la branche agricole est considéré comme identique qu’il s’agisse de la production d’aliments donnant lieu à consommation finale domestique, de celle de produits agroalimentaires réutilisées dans les industries alimentaires, ou de celle de produits exportés ;

-       la nomenclature des TES ne permet non plus pas de conduire l’analyse par nature de produits alimentaires (par exemple : viandes, produits laitiers, etc. ...) car l’ensemble des industries alimentaires est agrégé dans une seule branche ; de même, l’agriculture, qui fournit la partie de la demande finale en produits non transformés, n’y est pas éclatée par production ;

( NB : Dans l’étude Les emplois liés aux filières de l’élevage en Bretagne : état des lieux quantitatif et qualitatif, (CGDD, 2016), pour un autre objectif que celui de l’euro alimentaire, les auteurs ont construit un « TES régional » dans lequel les branches agriculture et industrie alimentaire régionale sont éclatées en différentes orientations agricole (élevages, cultures…) et industrielles (lait, viande…). La méthode pourrait éventuellement inspirer des travaux ultérieurs de l’observatoire sur l’euro alimentaire, à partir d’un TES national rendu plus détaillé que celui fourni par l’Insee et Eurostat. Ce ne pourrait être toutefois réalisé qu’au prix de nombreuses et souvent fortes approximations, qui fragiliserait les résultats.)

-       les données annuelles indispensables pour effectuer la décomposition étant d’élaboration complexe, elles ne sont disponibles que 3 années après l’année civile sur laquelle elles portent. Ainsi, au moment du « bouclage » de ce rapport (janvier 2017), les dernières données disponibles sont celles de 2013.

5.     La consommation alimentaire

Le tableau ci-dessous présente les différentes approches possibles de la consommation alimentaire, permise par les différentes sources.

L’approche en termes de consommation alimentaire « effective par fonction » distingue la consommation de produits alimentaires hors restauration (mais sans détail par produits) : 173 573 M€ en 2013, et la consommation de services de restauration : 58 083 M€ en 2013. On peut estimer la répartition du total « alimentaire hors restauration » entre produits de l’agriculture et produits des industries alimentaires en se fondant sur la consommation finale par produit en nomenclature détaillée fournies par les comptes nationaux (non représentée ici).

La nomenclature du TES n’est pas une nomenclature de fonctions mais de produits ; elle ne permet de cerner qu’approximativement la consommation alimentaire en l’assimilant à la consommation finale (c'est-à-dire, par les ménages) de produits a priori alimentaires. Ce faisant, cette nomenclature de produits étant insuffisamment détaillée, on intègre inévitablement des produits agricoles et des produits des industries alimentaires dont la consommation par les ménages n’est pas alimentaire. C’est principalement le cas des achats d’animaux domestiques (qui constituent une consommation finale de produits agricoles) et les dépenses en aliments à leur intention (c’est une consommation finale de produits des industries alimentaires, de nature alimentaire mais non humaine) ainsi que de fleurs et plantes (c’est consommation finale de produits agricoles). 

Les calculs de l’euro alimentaire exigeant d’être effectués sur les TES, les résultats bruts obtenus intègrent donc une erreur, qui, au demeurant, joue peu sur les résultats présentés en pourcentage de la consommation alimentaire. Quant aux résultats en valeurs absolues (millions d’euros), ils sont recalés sur les montants de consommation effective (soit une correction de 1% à 6% selon le composant du total alimentaire).

Tableau

La consommation alimentaire selon les sources en 2013

Unité : M €

Aux prix d’acquisition

 

Consommation finale par produit dans le TES :

Produits de l’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture :            31 048           

Produits des industries alimentaires et des boissons :               152 958 (3)      

Total « alimentaire hors restauration » :                                     184 006

Restauration :                                                                            57 480 (4)

Total « alimentaire avec restauration » :                                     241 486

 

Consommation effective par fonction :

Produits de l’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture            :             25 192 (1)

Produits des industries alimentaires et des boissons :               148 381 (2)

Total « alimentaire hors restauration » :                                     173 573

Restauration :                                                                             58 083 (4)

Total « alimentaire avec restauration » :                                    231 656

Notes :

(1)   hors fleurs et plantes et animaux de compagnie : produits a priori non alimentaires…

(2)   hors aliments pour animaux de compagnie (non prévus pour l’alimentation humaine), hors tabac.

(3)   hors tabac : une correction spécifique du TES est nécessaire, le tabac étant inclus dans les produits des industries alimentaires depuis 2008 dans les TES.

(4)   non compris : restauration en consommation intermédiaire (19,3 Md€) et restauration indissociable d’autres services : hébergement, hospitalisation… (montant inconnu).

Source : Insee (comptes nationaux), Eurostat